L’actuelle rue Anatole-France, autrefois appelée rue de la Croix, constituait au Moyen Âge l’axe principal reliant le centre religieux de la cité (abbatiale Saint-Léger–Saint-Saturnin) au cimetière situé hors les murs. Elle franchissait les remparts par la porte de la Croix, à l’ouest (extrait de l’Atlas de Trudaine, 1745-1780 ; le nord est orienté vers le bas).

Cette voie de circulation était autrefois très animée, rythmée par l’activité des marchands et des commerces. On y croisait les habitants de la cité, mais aussi des visiteurs venus traiter leurs affaires, des pèlerins, des compagnons accomplissant leur « tour de France », ainsi que des étudiants. Parmi ces passants figurent notamment François Rabelais, François Villon ou encore Thomas Platter. Saint-Maixent constituait en effet une étape incontournable entre Poitiers et Niort, dans un sens comme dans l’autre.
De cette période médiévale subsistent deux maisons à colombage, situées aux numéros 36 et 13. Cette dernière conserve une enseigne en latin, HIC VALETUDO, signifiant « Ici la santé ». Elle indiquait la présence d’un apothicaire (pharmacien), qui y préparait des remèdes adaptés à chaque patient.
Un quartier médiéval renouvelé après la Révolution
À l’issue de l’époque moderne, marquée par les destructions liées aux guerres de Religion, la rue maintient son dynamisme économique. Toutefois, les façades à pans de bois sont alors, pour la plupart, en très mauvais état. Le renouveau impulsé après la Révolution incite commerçants et particuliers à moderniser leur cadre de vie. Les bâtiments font l’objet d’importants travaux : les façades à colombage sont démontées puis reconstruites en pierre de taille. Elles sont dotées de corniches surmontées de chéneaux en zinc et percées de larges fenêtres, favorisant l’aération et l’éclairage naturel tout au long de la journée. À l’intérieur, de plus petites cheminées sont installées pour le chauffage, tandis que les décors muraux sont renouvelés afin de remettre les lieux au goût du jour.
Une période de déclin
Après la Seconde Guerre mondiale, la rue connaît un lent déclin de son activité commerciale. Les automobiles la traversent sans s’y arrêter. Progressivement, les maisons sont délaissées, souvent mal entretenues. Les propriétaires les louent à des populations de plus en plus modestes, fragilisées par les crises économiques successives, tandis qu’eux-mêmes privilégient des habitations situées hors les murs, dotées d’une cour, d’un garage et d’un jardin. Ce nouveau mode de vie rend l’usage de la voiture indispensable.
Devenues vétustes, certaines maisons sont démolies, provoquant parfois d’importants désordres techniques sur les bâtiments voisins. Ainsi, la destruction de la maison située à l’ouest de la demeure à colombage HIC VALETUDO, au n° 13, entraîne sa déstabilisation et la prise d’un arrêté de péril imminent.
La sauvegarde de cette maison est due à l’engagement tenace de son nouveau propriétaire. Après une longue période durant laquelle elle fut étayée sur rue, la demeure est finalement restaurée en 2001, assurant ainsi sa pérennité.

Il n’en est pas de même pour la maison située au n° 9. Inoccupée depuis 1983, elle est successivement rachetée par plusieurs propriétaires qui la laissent à l’abandon. Progressivement, les toitures se dégradent puis s’effondrent, jusqu’à provoquer la ruine de l’angle sud-ouest du bâtiment côté rue. Depuis janvier 2020, l’édifice fait l’objet d’un arrêté de péril ordinaire.
Cette maison, reconnaissable à sa devanture en bois portant l’enseigne « Boucherie Griffier », appartenait à une famille installée à Saint-Maixent à la fin du XIXe siècle. Par alliance, celle-ci entre dans la profession de boucher et y maintient une activité continue jusqu’au milieu des années 1960.
Conformément aux usages de l’époque, le commerce occupait le rez-de-chaussée, tandis que les commerçants résidaient dans les étages supérieurs.

Un projet de sauvegarde
D’apparence peu engageante, la propriété Griffier n’en présente pas moins une valeur patrimoniale incontestable. La longue période d’abandon qu’elle a connue l’a paradoxalement préservée de transformations irréversibles, notamment des aménagements en béton. Elle se distingue aujourd’hui par deux pôles d’intérêt majeurs.
Le plus visible est sans conteste la devanture de l’ancienne boucherie, l’une des plus anciennes conservées en France, comparable à celle de Chartres, protégée au titre des Monuments historiques.
Mais l’arrière du bâtiment revêt une importance tout aussi remarquable. Il s’inscrit au cœur d’un îlot urbain datant du XVe siècle. En février 2019, l’effondrement du mur sud-ouest a mis à nu un haut pan de maçonnerie, l’exposant directement aux intempéries. L’action prolongée de la pluie a alors partiellement dissous un badigeon de chaux blanche, initialement destiné à un espace intérieur, révélant ainsi une peinture murale du début du XVe siècle.


La peinture murale du premier quart du XVe siècle représente le Christ, identifiable à son nimbe cruciforme. Il s’agit du Christ Sauveur du monde, tenant le globe terrestre dans sa main gauche, tandis que sa main droite, que l’on devine, est levée en geste de bénédiction. Il est figuré assis sur les épaules de saint Christophe, qui l’aide à franchir un fleuve en s’appuyant sur son bâton, dont l’extrémité supérieure est ornée de palmes.
Selon la légende hagiographique, le soldat Reprobus fut converti par un ermite qui le baptisa et lui donna le nom de Christophe. À ce titre, le visage visible sur la gauche de la composition, légèrement en retrait, pourrait correspondre à la figure de l’ermite (information communiquée par Mme Sabine de Freitas, spécialiste des enduits peints médiévaux, Conservatoire Muro dell’Arte, 37460 Orbigny).
Ce visage n’apparaît aujourd’hui que ponctuellement, à la faveur d’une fissure de l’enduit mural, soulignant l’urgence d’une protection et d’une restauration adaptées. Dans la partie supérieure, un tracé horizontal ocre rouge marque la limite du tableau.

La protection de ce patrimoine exceptionnel impose la mise en œuvre rapide de mesures conservatoires indispensable pour sécuriser les lieux, de restaurer les maçonneries et les couvertures afin de redonner à cette œuvre remarquable l’écrin qu’elle mérite. Cette peinture murale constitue en effet un rare témoignage ayant survécu aux destructions des guerres de Religion dans la cité de Saint-Maixent.
La fonction originelle de ce bâtiment à l’époque médiévale demeure incertaine. Il ne semble pas s’agir d’un édifice religieux au sens strict (église ou chapelle), mais plus vraisemblablement d'une résidence privée ou d’un lieu d’accueil pour les pèlerins empruntant le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. La présence de saint Christophe, protecteur des voyageurs célébré le 25 juillet, renforce cette hypothèse.
L’association ADANE porte aujourd’hui le projet de sauvegarde de cet ensemble patrimonial unique. Sa réussite dépendra de la mobilisation collective.
Dans cette perspective, les aides bénévoles seront à la fois nécessaires et précieuses. Les missions proposées seront variées : participation au chantier (tri des gravats en vue de leur recyclage ou de leur réemploi), travaux d’entretien, peinture, maçonnerie selon les techniques traditionnelles, entre autres.
D’autres actions porteront sur la valorisation du site : préparation de la communication, information des sympathisants et des personnes intéressées par le projet. Pour des raisons de sécurité, l’accès au lieu sera dans un premier temps réservé aux intervenants du chantier, mais le suivi de l’avancement des travaux sera régulièrement partagé via les réseaux sociaux.
Toutes les idées et initiatives seront les bienvenues afin de fédérer les bonnes volontés, qu’elles soient proches ou géographiquement éloignées.
À terme, ce lieu retrouvera une vocation culturelle, tournée vers l’accueil, la convivialité et le partage intellectuel.
Informations :
Association pour le Développement de l'Archéologie sur Niort et les Environs (ADANE) 11 rue de l'aumônerie 79260 La Crèche
Association loi de 1901, JO du 06-07-1988
mail : adane@laposte.net
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